Acte I : Mises en scènes

Acte II : Flâneries

Acte I : La divine Comédie, une beauté céleste au coeur de la Cité des Papes


Dans ma vie, j’ai fait trois rencontres avec des œuvres d’art qui m’ont émue aux larmes : La Vierge à l’enfant de Bellini au Museo Correr ; L’Empire des Lumières de Magritte au Guggenheim de Venise et La Petite Danseuse de Degas à la Piscine de Roubaix. La Divine Comédie à Avignon fut ma quatrième…





Dès l’instant où la majestueuse porte cochère s’est entrouverte, c’est comme si Alphonse de Lamartine était venu en personne me chuchoter à l’oreille ses vers si précieux :

« Ô temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices !

Suspendez votre cours : laissez-nous savourer les

Rapides délices des plus beaux de nos jours. »



La visite de cette maison d’hôtes et de son jardin extraordinaire allait être un véritable enchantement, un rêve éveillé qui méritait de durer éternellement, délicieusement, divinement…

Un véritable jardin d’Eden
Lorsqu’on franchit la majestueuse porte, une allée de cyprès et de palmiers nous guide et nous invite dans ce véritable jardin d’Eden, dans un calme inouï. L’émotion est grande devant un tel havre de paix au cœur de la ville : les divinités ont forcément œuvré pour un tel résultat. La sensation est ambivalente.

Le premier qualificatif qui vient à l’esprit est « grandiose » : l’espace, les arbres centenaires, le site unique au pied du Palais des Papes, la centaine des essences représentées, les plantes luxuriantes.






Pourtant, parallèlement, un autre adjectif antinomique pourrait convenir, « intimiste ». Grandiose et intimiste. Impossible association me direz-vous ! Et bien aussi surprenant que cela puisse paraître, grâce un dosage parfait, l’oxymore est envisageable ici.







En effet, ce jardin n’a rien d’ostentatoire même s’il est majestueux. A l’abri des regards, il compte une myriade de petits recoins, tous plus charmants les uns que les autres, un véritable moment de grâce à chaque fois.









Rien n’est laissé au hasard, tout a été pensé, créé, organisé comme un intérieur de maison dotée d’une enfilade de pièces. Le mobilier de jardin, les allées pavées, les arbustes, la petite folie en métal noir, la terrasse du bar « Le Complot », le long bassin de nage, la mare où la carpe koï et autres poissons rouges font leur ronde, tout invite à la détente et presque à une certaine forme de recueillement.










Dissimulé derrière ses hautes murailles, ce jardin semble nous protéger, tels les jardins antiques suspendus de Pasargades. La seule différence entre les deux, c’est que ceux de Babylone restent de l’ordre du mythe alors que celui-ci est bien réel.













Pourtant comme un mirage, il est une oasis au cœur de la cité très minérale d’Avignon.

Une élégante maison de maître chargée d’histoire








On en oublierait presque la splendide maison de maître qui s’érige fièrement dans cet écrin de verdure. Mais finalement, elle en est la suite logique, son prolongement. Le tout forme un équilibre parfait.





Son architecture élégante dévoilant des fenêtres en anse de panier, une gracieuse verrière noire, une harmonie des proportions, a su s’adapter aux époques qui ont défilé depuis le Moyen Âge.



Située à l’emplacement de la Livrée du Cardinal Amédée de Saluces au XIVème siècle, cette propriété s’étendait alors jusqu’à la place des Carmes. Au XVIIIème, l’aile Nord fut construite, puis au XIXème siècle, ce fut le tour du bâtiment actuel d’être édifié pour loger le personnel d’une compagnie d’assurance marseillaise. En 1919, c’est un grand industriel du Vaucluse qui l’achète pour enfin devenir à la fin du XXème siècle, le berceau d’un centre d’études linguistiques… Quelle histoire !



Quelle chance aussi qu’un couple d’esthètes passionnés, décorateurs et collectionneurs d’art en aient fait l’acquisition pour lui rendre enfin ses lettres de noblesse…

Un savant équilibre entre décoration classique et contemporaine

L’intérieur est à l’image du jardin : grandiose et intimiste mais aussi étonnant et rassurant. Chaque objet est choisi avec raffinement et subtilité. Chaque chose est à sa place mais sans être figée. Au contraire. Dans chaque pièce, on a le sentiment que les objets vibrent avec les propriétaires, qu’ils résonnent avec eux, qu’ils vivent en harmonie.






Ici, le « beau » prend tout son sens. Partout où se pose le regard, il est là, présent sans être ostentatoire. Comme soufflé puis retombé en une pluie céleste. Cette maison si somptueuse soit-elle, vit.












Et ce n’est pas Théodule, le chien de la maison qui dira le contraire… Cet élégant et affectueux Braque de Weimar est chez lui et sait prendre la pose quand il le faut. 



 Il a autant de personnalité que celui des œuvres iconiques de l’artiste William Wegman.



Simone et Gaston, les deux chats des propriétaires ne sont pas en reste et investissent avec plaisir le joli mobilier.



Alors que moultes pièces de design, œuvres d’art ou pièces d’Antiquité s’égrènent à chaque recoin, on n'a aucunement l’impression de visiter un musée.













Tout est savamment dosé, disposé et osé !












Pourtant dans la majestueuse cage d’escalier, une collection du Palais des Papes de plus de 200 tableaux retraçant l’histoire d’Avignon s’étire du rez-de-chaussée au deuxième étage.













Il n’en fallait pas moins… Avignon est d’une telle richesse patrimoniale, historique et culturelle ! Cette accumulation donne un beau dynamisme à la décoration, une dimension unique, incomparable.

Les suites, une invitation au voyage




Le goût pour l’Art et les Antiquités des propriétaires se ressent également dans les cinq chambres aux noms évocateurs : Anatole, Aphrodite, Consul, Naples ou Venise. 






Chacune a sa personnalité mais toutes invitent au voyage. Les maquettes, les tableaux, les lithographies et autres malles insufflent un parfum très XVIIIème siècle avec un certain goût pour l’exotisme voire l’orientalisme. Tout est subtilement mis en scène et raconte une histoire. C’est sans aucun doute une promesse de voyage où la décoration est aussi variée qu’inspirante. 


















Une belle rencontre

Il faudrait un temps infini pour découvrir chaque objet, admirer chaque œuvre, se délecter de l’atmosphère de chaque petit endroit de cet hôtel particulier. Particulier lui convient bien. Unique aussi. Magique. Subtil. Surprenant. Divin. Avec en prime  une pointe de folie, celle-là même qu'on retrouve chez ce groupe de pop orchestrale nord-irlandais qui répond, lui aussi, tient donc, au nom de The Divine Comedy !








Un mélange parfait d’élégance et de tradition. Une maison aux mille facettes dont la chaleur douce et enveloppante incite à la délectation. 




 




Et comme il n’est point de lieux sans les hommes qui leur donnent vie, je tire mon chapeau à Amaury de Villoutreys et Gilles Jauffret, deux esthètes magiciens, d’une modestie et d’une simplicité sans nom qui ont su faire de ce lieu époustouflant une maison accueillante, à l’intérieur de laquelle le luxe est leur seule générosité.







Au-delà de la rencontre avec une maison d’hôtes, ce fut avant tout la rencontre avec des personnes sincères, passionnantes et passionnées.

Plus qu’une Divine Comédie de Dante, c’est une vraie Comédie Humaine à la Balzac qu’inspire cette céleste maison, en ce sens qu'elle pourrait servir, comme l'œuvre éponyme, de référence esthétique aux générations futures.









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