Acte II : Les 4 Sergents, une adresse rochelaise aux multiples galons


"Je voudrais du soleil vert
Des dentelles et des théières
Des photos de bord de mer
Dans mon jardin d'hiver."


Voici la ritournelle d'Henri Salvador qui me vient à l'esprit lorsque je repense au restaurant Les 4 Sergents de La Rochelle. J'ai découvert cette adresse alors que je passais la journée avec des amis dans la célèbre cité des Francofolies.






 Nous flânions sans but précis dans la ville emprunte de sa vieille tradition maritime.













Nous égrenions pas à pas, ou devrais-je dire plutôt tour à tour, les sites touristiques autour du vieux port, comme la célèbre Tour Saint Nicolas, la non moins célèbre Tour de La Chaîne ou encore la Tour de La Lanterne...








 En extase face au large, perchés sur la pittoresque rue Sur-Les-Murs qui permet de passer sur la crête du rempart médiéval, nous prenons conscience qu'il est temps de nous restaurer.








 Ni une ni deux, l'appétit nous guidant, nous descendons les marches du mur d'enceinte et nous nous engageons dans la première rue à droite : la rue Saint-Jean du Pérot où les embruns de l'océan cèdent la place aux émanations culinaires. 
Une ribambelle de restaurants se succèdent. Le choix ne sera pas facile. Je croise les doigts pour faire le bon. Nous examinons les cartes, comparons, hésitons.



 A cet instant, une façade sur la droite attire mon regard. J'aperçois ce qui parait être les attributs d'une verrière métallique. On ne devrait pas juger un restaurant sur des critères purement esthétiques et donc futiles me direz-vous, mais pour moi ça compte. La carte ne fait en outre que conforter rapidement mon attirance pour ce lieu. 

Les plats à la carte ou le menu du marché semblent en effet proposer une bonne cuisine traditionnelle d'humeur marine avec toutefois quelques échappées exotiques… Pourquoi pas une Saint-Jacques snackée à la plancha avec un beurre aux algues? Ou peut-être des gambas de La Cotinière de l'Ile d'Oléron? Ou bien encore des petits blancs de seiche revenus avec un simple filet d'huile? Ah non! Finalement un dos de Saint-Pierre avec son écume d'huître et jus iodé accompagné de couteaux frais…

Ainsi, forte d'arguments purement gustatifs cette fois et donc légitimes me direz-vous, expliquant à qui mieux mieux que la cuisine a l'air de faire la part belle aux produits de saison et du terroir, je tente de convaincre mes acolytes. Essai transformé : tout le monde est immédiatement séduit. Nous nous approchons donc de la porte d'entrée, tous mes sens sont en éveil. Mais surtout, tous les codes du bon goût semblent s'être invités au même endroit : élégante mosaïque sur le seuil, verrière métallique et lourd rideau de velours augurant une ouverture théâtrale.



Je lève la tête et lis le nom de cette adresse : Les 4 Sergents. La façade était tellement prometteuse que j'en avais oublié de m'intéresser à l'enseigne…








Les 4 Sergents? Dubitative, je m'interroge... Aucun rapport j'imagine avec le sergent Miguel Demetrio Lopez Garcia, fidèle rival de Zorro qui pourtant tient mieux à table qu'à cheval! Aucun rapport non plus avec le sergent instructeur Hartman dans Full Metal Jacket de Kubrick. Encore moins avec le Sergent Hans Georg Schultz du Stalag 13!!! Je fais fi de mes piètres connaissances en matière d'Etat Major car la curiosité me tenaille.



J'apprendrai un peu plus tard que les 4 Sergents Bories, Goubin, Pommier et Raoulx, du 45e régiment d'infanterie du quartier latin, officiaient sous la Restauration (cela tombe bien!) mais conspiraient également contre le roi Louis XVIII. Refusant effrontément de crier "Vive le Roi", ils furent transférés à La Rochelle, enfermés dans la Tour de La Lanterne située à quelques encablures de l'actuel restaurant avant d'être guillotinés en place de grève. Elevés au rang de véritables saints républicains (association contre-nature !), la tour geôlière porte aujourd'hui leur nom en mémoire des martyrs. La prochaine fois, il faudra que je pense à réviser mes leçons d'histoire avant d'aller déjeuner...ou pas. Trêve d'épisode héroïque, nous entrons. 




A gauche, un bar nous accueille ainsi qu'un petit salon aux teintes vitaminées, décoré de portraits et surtout de belles bouteilles. La cave de cet établissement serait-elle prometteuse? Il est en fait réputé notamment pour son exceptionnelle carte des vins. D'aucuns diraient qu'il possèderait même la plus grande cave de La Rochelle... Alors chance ou flair? Comme quoi, l'architecture et la décoration que l'on pourrait imaginer futiles, peuvent aider à découvrir des lieux de qualité, en tous les cas, pleins de promesses.



On nous guide avec bienséance vers la pièce principale. Là, une seconde d'émerveillement lié au cadre, lâchons le mot, exceptionnel. Ô temps suspends ton vol... Une grande verrière à l'élégante structure métallique plante le décor. Nous sommes bel et bien dans un authentique jardin d'hiver. Ce lieu est unique. J'avais eu une émotion similaire en entrant au Palmenhaus à Vienne, en Autriche, cette brasserie somptueuse au sein du Burggarten, sous l'impressionnante coupole en verre et sa végétation luxuriante. En voici quelques clichés à titre comparatif...





L'écrin est aussi lumineux ici. Je suis d'emblée séduite par l'espace, le confort, l'ambiance et la quiétude du lieu. On nous installe autour d'une grande table ronde, idéale pour manger en famille et entre amis.






 J'envie tout de même un peu les chanceux attablés au premier étage, sur cette mezzanine qui court comme une galerie autour de la grande salle, offrant certainement un cadre plus intimiste et une vue ravissante sur les plantes vertes XXL et les arbres en pot. En tout cas, on nage dans le romantisme et c'est une baignade savoureuse.



J'apprendrai plus tard que les poutres de la verrière de cette maison bourgeoise du XIXème siècle ont été fondues dans les usines métallurgiques de Reims des ateliers Eiffel, tout comme celles qui composent la structure de la Statue de la Liberté… Ce sentiment viendrait-il de là?



Le service est attentif et précis. Chacun de notre cercle rivalise avec son plat choisi. Les enfants se régalent des tartines qu'ils se font avec la petite motte de beurre salé... Ils nous avoueront plus tard que c'est ce qu'ils ont préféré! Il n'y a pas de petits plaisirs ! Je tairai tout de même ce secret au chef Sylvain Proust, lui que est si attaché à la richesse du terroir de sa région. 



Les vins sont délicieux et savent accompagner les mets avec finesse et cela, on le doit au propriétaire des lieux, Julien Gilbert, fils du fondateur. Il avoue être né "entre la cuisine et la cave". Bien lui en a pris! 



Entre chaque plat, je lève les yeux au ciel pour m'ébahir devant les lustres blancs imposants. Ce détail, qui au final n'en est pas un, on le doit également à Julien Gilbert qui a su insuffler une touche plus contemporaine à l'établissement qui émerveille ses clients depuis plus de quarante ans. Une belle histoire de famille…



Je me retourne et veux découvrir chaque recoin, chaque ambiance, chaque portrait des sergents qui nous observent discrètement.




 
Avant de partir, nous apprenons que le restaurant cache un lieu intime et chaleureux, le "Carré des Officiers" où le chef est aux fourneaux aux côtés des clients privilégiés pour leur faire découvrir une cuisine de bistrot. Dans ce "Mess" se love aussi un bar où il fait bon, parait-il, déguster confortablement un vieux cognac ou des grands crus. Et l'uniforme n'est pas obligatoire!




Quel dommage de ne pas avoir le temps d'en profiter... Mais je me console en me persuadant que ce n'est que partie remise. Je n'ai pas envie de faire arriver à son terme cet instant précieux en famille entourée de mes amis. Nous prolongeons donc avec thés et cafés mais devons malgré tout à un moment nous résigner, la mort dans l'âme, à partir. 

Sur le trottoir je me retourne face à la façade en pierre de taille des Quatre Sergents et ai juste envie de fredonner au garde à vous cet air des Beatles : 
" Sergent Pepper's lonely
Sergent Pepper's lonely
Sit back and let the evening go
It's wonderful to be here
It's certainly a thrill."


Oui mon Sergent, ce fut formidable d'être ici.
Oui mon Sergent,  j'ai eu des frissons.




La retraite des troupes peut s'engager!
Bon vent et longue vie aux sergents !





Commentaires

  1. J'adore !! C'est splendide, je retiens l'adresse et merci pour ce partage !!

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  2. On sent l'amour que vous avez pour les "belles choses ", c'est réellement du bonheur de vous lire, surtout continuer !!!

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