Acte I : La Ruine, mon âme mise à nue




Au moins, le confinement nous pousse à nous recentrer sur nous-mêmes, à réfléchir davantage. Au moins, l’isolement nous force à nous interroger. Comment écrire des articles sans sortir faire des reportages ? Tout simplement en osant me dévoiler et dévoiler ma propre maison, en osant bousculer ma pudeur, en osant tout simplement… Alors comme le chante si bien cette chère Clara, j’ose « ôter le rose à mes joues et je viens nue vers toi » !



Il a fallu effectivement que je n’ai plus le choix pour franchir le pas. Pourquoi ne l’ai-je pas fait avant ? Sans doute par modestie ou par discrétion. Pourtant mes amis m’ont toujours rassurée en me confiant que ma maison était accueillante et qu’il y faisait bon vivre. Oui mais voilà, ces mêmes proches savent aussi que ma timidité est mon vilain défaut...
L’adage prétend : « Montre-moi ta maison et je te dirai qui tu es». 



Cette audace me permettra peut-être d’économiser des années de psychanalyse… En tout cas par cet article j’ai l’impression de me jeter du haut d’une falaise dans une mer agitée, sans bouée. Mais je ne vais pas renoncer pour autant, il faut savoir affronter le vertige ! Voici donc ma ruine dévoilée au grand jour, ma ruine, reflet de mon âme. Comme le dit le docteur Alberto Eiguer : « Notre intérieur parle ». Le mien va à présent essayer de vous parler…




Curieusement, j'ai tout de suite su que ce serait ici, que ce serait cette maison. Pourtant à l’état de ruine, elle m’a de suite inspirée. Ce serait mon terrain de jeu, ma muse, mon « moi » ! Je n’ai pas beaucoup de certitude dans la vie mais là, envers et contre tous, je l’ai imaginée (et même signé le compromis de vente) sans le dire tout de suite à mon mari !


Cette grande maison que les voisins du village appelaient le « taudis » offrait, je le savais, un volume intéressant, une feuille blanche rêvée pour mes envies de décoration, sans décupler notre budget un peu serré, il faut bien l’avouer. 



Immédiatement, dans mon esprit, l’ancienne aile du bâtiment deviendrait un jardin et la cave semi enterrée ma cuisine. Les tomettes en terre cuite découvertes à l’étage sous le linoleum, le papier journal, la fine chape de ciment le tout posé sur une épaisse couche de sable serait du plus bel effet au rez-de-chaussée.










 Tout s’écrivait naturellement. Certes, nous devenions les jeunes et heureux propriétaires d’une maison squattée, sans porte ni fenêtre, sans eau ni électricité, qui n’allait pas faire tout de suite la fierté de nos parents et qui faisait déjà l’objet de moqueries de nos amis. Mais grâce à un architecte aussi jeune et fou que moi, Pierre Déroche, une démolition qui nous aura pris une petite année et qui aura eu raison de ma première voiture improvisée en camionnette à gravats, quelques mois de gros œuvres réalisés par des professionnels, nous avons composé le reste à notre rythme et « à quatre mains » avec mon mari.

Le salon, poser le décor

           













 Novice à la base, il a dû, afin que le montant des travaux titanesques ne dépasse pas notre petit budget, apprendre à bâtir ou rénover des murs en pierres, travailler le bois (poutres, solives et parquets), installer une cuisine, devenir un virtuose du placo, acquérir quelques bases en paysagisme, plomberie et électricité, le tout épaulé ou initié, qui par un voisin expert, qui par des membres de notre famille compatissants, qui par des amis toujours là pour aider et partager de bons moments.

La salle à manger, recevoir avec plaisir


















 J’avais les idées et me réservais le poste des peintures et papiers peints. L'aventure ne fut pas un long fleuve tranquille. Loin s’en faut.

Quoiqu’il en soit, le résultat est là. Il est notre œuvre et le repère de nos enfants. Côté décoration, nous n’avons assurément pas les moyens de nos envies. Mais avec quelques astuces et des choix esthétiques qui nous sont propres, nous avons créé notre univers ou chaque objet hérité, acheté ou chiné est adoré et mis en scène pour que, réunis, ils forment un tout agréable à l’œil.

La cuisine, s'y retrouver du matin au soir

















 







  Il n’en demeure pas moins que je suis passionnée de décoration et de design et rêverais de baigner au milieu de pièces et modèles authentiques. Mais faute de grive j’ai mangé des merles et au fil du temps, j’ai tenté de composer, de mixer et de faire matcher des meubles et des objets qui me plaisent pour nous créer un intérieur rassurant. J’ai parfois économisé pour m’offrir quelques pièces de créateurs (objet, mobilier, papier peint ou couleur de peinture…), me souvenant les conseils de mode de ma grand-mère Gisèle qui n’avait de cesse de me répéter qu’il suffisait d’une belle paire de chaussures ou d’une jolie maroquinerie pour donner de la valeur à une tenue… J’ai adopté cette astuce pour ma décoration.

La chambre, oser la fantaisie













Je n’ai pas attendu ce fichu confinement pour me mettre à la tendance du « Nesting ». Ma maison a toujours été mon nid, mon lieu idéal ressourçant. Je crois qu’effectivement cet univers me ressemble mais je reste incapable de dire pourquoi et surtout bien incapable de définir ma décoration. Je sais juste qu’elle est mienne et unique mais sans prétention. Je ne m’interdis rien et j’exprime ou décline le goût à ma manière. J’aime bien sûr suivre les tendances, c’est en cela que la décoration est passionnante. J’aime changer la couleur des murs ou des papiers peints. Mes enfants et mon mari sont toujours craintifs lorsque je m’exclame : "J’ai une idée… » ! J’aime être en quête de nouveautés tout autant que de redécouvrir des grands classiques.

La bibliothèque, sublimer les livres





         









 

 Ma maison est mon laboratoire, à défaut de « tester » chez les autres mes inspirations… et ce n’est pas l’envie qui m'en manque ! Chez moi, je tente des expériences, je cherche des formules chimiques en associant texture, matières et couleurs. Je peux m’extasier des heures devant un nuancier ou la qualité d’une étoffe. Intérieurement, je mêle et entremêle perpétuellement les associations que je pourrais faire ici ou là. En cette période troublée par l’épidémie, je crois que ma maison reste plus que jamais mon antidote contre la morosité et les peurs du dehors. 

Les combles, imaginer une "family room"



















Alors à la question, est-ce que cet intérieur reflète ma personnalité, je suis toujours désarmée pour répondre. Elle reflète sans conteste notre famille, notre mode de vie, nos préférences. La décoration évolue et s’inspire avant tout du lieu, de ce lieu, de cet ancien café-coiffeur, riche de son passé centenaire. Elle serait toute autre ailleurs, ce qui nous donne évidemment l’envie de nous lancer dans un autre projet, peut-être moins démesuré dans d’autres contrées… Mais la Ruine est et restera ce point d’ancrage inébranlable pour nos enfants et nous-mêmes.




Voici la fin de cette visite. Voyez-moi ravie si elle vous fut agréable. Pour ma part, cet exercice ne fut pas chose aisée. J’ai dû prendre sur moi et dépasser mes doutes pour me mettre à nue.

« Regarde allez, regarde-moi, tu vois
J’ai enlevé mes bijoux,
Démaquillé le noir à mes yeux,
Oté le rose à mes joues
Et je suie venue nue vers toi… »

Photo : Loïc Benoit
#restonscheznous


A très bientôt pour de nouveaux reportages et de jolies découvertes !



Commentaires

  1. Magnifique ! J'adore le avant après.... Une ruine.... Le mot est juste ! C'était incontestablement une folie !! Qu' on peut dire, maintenant, maîtrisée...mais quelle audace ! Définitivement j'adore....

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  2. Très belle et touchante mise à nue, cette maison est magnifique, chaleureuse et donne envie d'y vivre...Quel travail et quelle réussite ! Mille bravos ! Bienheureux sont les habitants de ce logis !!

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