Déco-nnexion avec Nathalie Soubiran

  1. Rédactrice en chef du magazine Art & Décoration, Nathalie Soubiran est une journaliste « lifestyle » passionnée de décoration, d’architecture, d’art, et de savoir-faire en tout genre… 

    A l’affut également des nouveaux modes de consommation, elle aime découvrir et faire découvrir tout ce qui est beau, bon et fait du bien ! Elle m'a fait l'immense plaisir de se prêter au jeu de mes questions décalées... Profitons de cet instant privilégié de "Déco-nnexion"

    1. Le magazine Art & Décoration fêtait ses 125 ans en 2023. Il a été fondé en 1897. Cette année-là, les femmes furent admises à l'Ecole des Beaux Arts de Paris. De là à penser, avec un brin de féminisme et un soupçon de divination romaine, que cette naissance fut placée sous de favorables augures, il n'y a qu'un pas ! Emile Lévy a donc créé cette revue au XIXème siècle par amour de l'Art et des Arts décoratifs.

    Et vous, êtes-vous plutôt Art ou Décoration ?

A la base, je suis plutôt « décoration ». J'ai une vraie appétence pour le mix des matières, les belles textures, les accords des couleurs, les papiers peints qui permettent de rêver... A travers la décoration, j'aime découvrir les différents métiers qui la nourrissent, tous plus passionnants les uns que les autres. Dès l'enfance, je me plaisais à m'évader dans les livres.

Mais je dois avouer que j'aime aussi l'Art pour son côté inspirant, pour sa capacité à sortir de la solitude. Je suis la dernière d'une fratrie et l'Art m'a appris à me tenir compagnie lorsque j'étais seule. Pour autant, je reste persuadée que la rencontre avec les œuvres est un plaisir solitaire à déguster en solo pour mieux le partager ensuite.

Je suis autant Art que Décoration. Cela tombe plutôt bien au final. 

 


  1. Dans la célèbre série des « Monsieur, Madame » de Roger Hargreaves, ne seriez-vous pas « Madame curieuse », version Victor Hugo qui définit la curiosité comme une gourmandise, en mode Paul Valéry qui déclamait sans vergogne : « Je m'intéresse à tout, je n'y peux rien ! »

    Je suis effectivement curieuse dans le bon sens du terme, insatiable observatrice. J'aime découvrir des expositions, des lectures, des créateurs... Je n'aime pas être enfermée dans un style, un diktat ou dans un courant normé. J'ai des goûts complètement hétéroclites et ce, dans tous les domaines. Dernièrement, j'ai pu autant m'enthousiasmer pour l'exposition dédiée à l'oeuvre de Berthe Morisot, la première femme impressionniste au Marmottan que pour la flamboyante exposition de Nicolas De Staël au Musée d'Art Moderne ! Dans mes lectures, ce goût pour l’éclectisme me caractérise aussi. Je viens de terminer le très bon livre de Marie-Laurence Cattoire, « Eclore enfin ». Je me délecte déjà pour le suivant qui n'a rien à voir avec ce dernier, « L'homme aux mille visages » de la journaliste SoniaKronlund, une enquête sur une imposture amoureuse. 


  2. Vous aimez dire qu'en décoration, « la seule faute de goût, c'est de ne pas oser ».

    Dans votre propre intérieur, quelle est la plus folle audace que vous ayez osée... et assumée?

Effectivement, pour moi il n'y a jamais de faute de goût en décoration. Chaque intérieur reflète la personnalité de chacun. Les magazines donnent de belles pistes pour inspirer, pour aider ; j'aime bien dire qu'ils sont des « apporteurs de solutions ». Mais la décoration, c'est avant tout une «histoire de soi, avec soi et pour soi ». Il faut oser, assumer son propre soi et vivre sa décoration ; raconter son histoire avec des objets qui nous parlent. La décoration ne doit pas surfer sur l'air du temps ni une tendance particulière. Elle est tout sauf la tendance. Elle est plutôt l'aboutissement de la tradition et de la transmission.Il faut donc oser être soi pour se dédouaner des carcans. 

Mon propre intérieur n'est pas audacieux à proprement parlé mais il est très coloré avec des teintes assez fortes, des pièces de différentes époques, de design, des meubles de styles variés.

  1. En replongeant dans les archives d'Art & Décoration, on peut voir que des artistes célèbres ont imaginé certaines couvertures comme Fernand Léger en 1939 ou Henri Matisse pour le 50ème anniversaire.

    Quel artiste contemporain ou d'un siècle passé, rêveriez-vous d'inviter pour illustrer la « cover » de vos rêves ?

    J'aurais adoré une couverture de Pierre Soulages. J'ai ressenti un véritable choc lorsque j'ai visité le Musée Soulages à Rodez et une profonde émotion en découvrant ses vitraux à l'abbaye de Conques. Ses œuvres sont pour moi le reflet de la subtilité que j'aime retrouver dans la décoration, celle de ne pas donner tout à voir au premier coup d'oeil...



  2. Les grammairiens ont toujours eu du mal à « genrer » le mot claustra. A quoi bon ? « Un » ou « une », quelle importance ? Que ce soit dans le jardin ou dans nos intérieurs, ces parois ajourées permettent habilement de séparer les espaces. De tous styles, « iel » ont une part de féminité ou de masculinité et ravissent notre décoration.

    Pour votre part, quel type de claustra vous inspire ? Plutôt version pierre « Pont des soupirs » à Venise, version orientale moucharabieh à l'Alambra de Grenade, version bois design chez Charlotte Perriand ou Ludvik Volak  ou version poétique en corde made in Véronique de Soultrait ? 

Le claustra de Charlotte Perriand sans hésitation. Je suis sensible à son travail du bois, son agilité intellectuelle, sa vision et son optimisation de l'espace. Son œuvre visionnaire résonne en moi. J'admire cette femme, une véritable pionnière incarnant la modernité, qui a su créer à travers son époque un design affranchi encore tellement actuel et réédité par de grandes maisons d'édition.

  1. Vous êtes adepte de créations engagées et d'ateliers circulaires, piliers de « Slow déco » laquelle prône une décoration durable et éco-responsable. J'imagine que votre fonction de rédactrice en chef du magazine Art & Décoration est peu compatible avec une véritable « Slow life »...

    Parvenez-vous tout de même à prendre le temps de vivre certains plans de votre vie en version « Slow motion ?

Contre toute attente je parviens à pratiquer la « slow life ». Mon secret est d'avoir la chance de vivre dans un cadre très naturel, entouré de forêts. J'arrive ainsi à conjuguer une vie citadine bien remplie rythmée par de très nombreux rendez-vous la journée et une vie paisible et ressourçante après 20h. Mon appartement est entièrement vitré ce qui me permet d'apprécier cette vue sur la nature. La vue sur les arbres suffit à m'apaiser. C'est comme si j'avais une double vie : celle de côtoyer des myriades de personnes dans mon travail et celle d'apprécier rester chez moi parfois un week-end entier. Tous les week-ends je me promène avec mon mari dans la forêt. C'est vital pour moi. Cette proximité avec la nature sur mon lieu de vie est totalement en adéquation avec ma sensibilité à l'éco-citoyenneté et l'écologie et ce, pas simplement au niveau de la « slow-déco » même si j'y suis très attachée mais dans tous nos gestes au quotidien.

Mon autre secret pour décompresser est la cuisine : me plonger dans les livres de cuisine me ressource et là, le temps ne compte plus : la version « slowmotion » est en action !




Commentaires

  1. Merci à Gisèle pour la beauté de son blog et merci à Nathalie Soubiran de s'être prêtée à ce jeu de questions/réponses originales. La rencontre de deux passionnées du beau ne pouvait donner que du magnifique !!!

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  2. Toujours impressionnée par la qualité des articles de Gisèle qui font du bien ..... Félicitations une nouvelle fois pour cet excellent article !!

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  3. Un grand merci à Giselle, Nathalie et aussi à cette fabuleuse Charlotte!

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